Pétitions à répétition, infos tronquées, procès d’intention, mauvaises querelles, luttes de pouvoir… la polémique autour de la création du futur Centre d’Archives et de Documentation Homosexuelles de Paris (CADHP) tourne au pugilat intra-communautaire…
Par Jean-François Laforgerie
Evidemment — surtout en cette période —, il n’y a pas de meilleur combat à mener que d’attaquer bille en tête le projet de Centre d’Archives et de Documentation Homosexuelles de Paris… C’est ce qu’ont estimé Marie-Hélène Bourcier et Marie-Jo Bonnet, les initiatrices d’une pétition (cf. "Illico", 28/11) et d’un lobbying aussi tapageur qu’approximatif. Le motif ? Une mise à l’écart qui serait délibérée des lesbiennes, bis, transsexuels du CADHP.
Tapageur parce que l’artillerie lourde a été sortie : courrier remonté à Anne Hidalgo (première adjointe au maire de Paris), pétition contre le projet en anglais… Approximatif parce qu’on s’y embarrasse peu de vérité. "Il n’est pas normal qu’il suffise qu’un projet soit présenté par Christophe Girard pour obtenir immédiatement de l’argent" écrit ainsi Marie-Jo Bonnet (1). Problème : le projet n’est pas municipal mais associatif (initié par Jean Le Bitoux, Christopher Miles…) et le dossier a été instruit par Odette Christienne, adjointe à la Mémoire, et non par l’adjoint à la Culture…
Et les pétitionnaires d’affirmer en sus que le comité scientifique compterait 59 membres dont seulement cinq femmes. "Ces chiffres sont erronés : le comité de soutien compte 35 noms, dont une dizaine de femmes" précise le CADHP.
Peu importe : l’idée n’est pas de dire la vérité mais de se greffer in fine sur un projet il est vrai désormais doté d’un financement conséquent (100 000 euros en septembre 2002). Et pourtant, il est débattu depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, on cherche une mauvaise querelle au CADHP. Peut-être est-il en effet un peu trop "homocentré" : mais qui reproche aux Archives Lesbiennes d’interdire leur accès aux hommes ? Sans doute est-il améliorable : mais était-ce nécessaire d’en faire l’objet d’un remake d’un autre âge (genre combat de lesbiennes radicales contre machos gay) alors même que le projet fait l’objet d’un surprenant consensus politique (même la droite a voté pour) ?
N’y avait-il pas d’autre moyen pour trouver une solution profitable à tous que de dénoncer le "pouvoir gay" qui règnerait à l’Hôtel de Ville (!). Il y a quelques semaines, Marie-Jo Bonnet et Marie-Hélène Bourcier ont reçu des tampons ensanglantés par courrier. Un récent Commando des Lesbiennes Insoumises et Transgressives (CLIT), excédé par leurs sorties, entendait ainsi sanctionner le sectarisme des pétitionnaires. Lesquelles, soit dit en passant, même déçues de ne pas voir leurs ouvrages cités dans la bibliographie du CADHP (y a-t-il un rapport ?), pourraient axer leurs efforts pour que le centre trouve enfin un local…
(1) "Libération, 7/12.
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