Marseille, Montpellier… La multiplication des agressions homophobes ces dernières semaines rappelle combien ce sujet est sensible et s’impose en cette rentrée. C’est dire aussi à quel point le projet de loi pénalisant les propos homophobes, souvent promis et toujours repoussé par le gouvernement, doit enfin voir le jour.
Par Jean-François Laforgerie, Julien Picquart
"Sale pédé, on va t’arranger le portrait !" C’est en hurlant des phrases de ce genre qu’un groupe de jeunes a tabassé David Gros dans la nuit du 13 au 14 août à Marseille. Quelques minutes plus tôt, cet étudiant de 26 ans discutait avec un ami, près du Parc Borély, connu pour être un lieu de drague homo. C’est là qu’il a été repéré par huit à dix jeunes, "fils de bonne famille" qui l’ont accosté avant de le prendre en chasse. Rapidement, David s’est retrouvé acculé et ses agresseurs l’ont roué de coups avec leurs casques de scooter et des barres de fer.
"Le lendemain, ça été un choc énorme de le voir, raconte son ami Louis Zollet. Il avait des fractures au visage, la mâchoire supérieure cassée, la pommette gauche enfoncée et un œil tuméfié. Les chirurgiens lui ont reconstruit le visage, mais aujourd’hui, il a les deux mâchoires scellées et il doit s’alimenter à la paille. Vu la sauvagerie de l’agression (raison pour laquelle David a fait le choix de rendre publique la photo prise le lendemain de l’agression et qui témoigne de sa gravité), c’était impossible de ne pas porter plainte".
D’après l’avocat de David Gros, Me Alain Molla, "Il y a de grandes chances que la circonstance aggravante d’homophobie soit retenue". Les insultes et le lieu de l’agression ne laissent aucun doute sur le mobile des agresseurs. Mais pour les retrouver, "ça va être un peu compliqué : les policiers ont des indices très ténus". L’appel à témoin lancé par le Collectif contre l’homophobie de Montpellier pourrait changer la donne. Un tract a été distribué sur les lieux de drague marseillais avec un numéro de téléphone qui garantit l’anonymat.
"Quand il y a agression sur un lieu de drague, explique le responsable du Collectif, Hussein Bourgi, une des réactions les plus courues des gens qui sont là, c’est de se barrer et de ne pas aller témoigner à la police. Dans ces conditions, l’appel à témoin permet aux langues de se délier". La méthode a fait ses preuves à Lyon et Montpellier dans d’autres affaires. Déjà, les quatre appels qu’a reçus Hussein Bourgi pour celle-ci lui ont appris que d’autres agressions homophobes avaient eu lieu à Marseille pendant l’été. A chaque fois, il s’agissait d’une bande de six à dix jeunes de 20 ans environ, qui repartaient à bord d’une voiture et d’un ou deux scooters, exactement comme avec David.
"Notre Rapport 2004 sur l’homophobie constatait qu’il y avait eu beaucoup d’agressions dans la région PACA en 2003, ça se confirme cette année", souligne Ronan Rosec, président de SOS Homophobie. Mais si, jusqu’à présent, beaucoup d’homos étaient plus ou moins au courant, très peu portaient plainte. Les agresseurs pouvaient agir en toute liberté. C’est ce sentiment d’impunité chez les "casseurs de pédés" que met à mal la médiatisation voulue par David autour de son agression.
Julien Picquart
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Mis en ligne le 01/09/04
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