Ce qui surprend le plus dans ce récit autobiographique, c’est que derrière une existence pavée de clichés convenus (le jeune homo monté à Paris pour y apprendre la coiffure qui devient gigolo avant de démarrer une courte carrière de figurant), il y a un grand mystère et d’une certaine façon un destin. En effet, comment ce jeune acteur aux rêves de carrière contrariés, devenu par un coup du sort journaliste de cinéma ("Ciné-Coulisses" puis "Cinémonde"), est-il devenu le "Pionnier de la presse gay" française ? Sans doute du fait d’une grande volonté, d’un évident courage et d’un talent pour saisir l’air du temps et la vie en rose. La volonté, ce sera lorsqu’il deviendra rédacteur en chef d’un des principaux journaux de cinéma à 21 ans ou lorsqu’il décidera de placer toutes ses économies (maison comprise) dans son premier titre de presse érotique "Eden" en 1967 puis d’enchaîner les titres érotiques, un par an jusqu’en 1971. Le courage, il devra très vite en faire preuve lors des convocations répétées de la police ou de la justice puis face à la censure qui le touche de façon dramatique sous Giscard d’Estaing. Sa capacité à saisir l’air du temps et les besoins des gays, Pierre Guénin semble l’avoir d’instinct. A une autre échelle, par un autre prisme, il comprend, à l’instar de Daniel Filipacchi, que la révolution sexuelle se fera aussi dans les journaux. Les gays ont besoin d’images, de références érotiques. Lui leur proposera une visibilité qui passe par le fantasme et le sexe roi. Un peu nostalgique mais pas trop, un peu méchant, souvent enjoué, ce récit autobiographique est marqué par une belle énergie et le souci constant de "vouloir faire plaisir aux gays" comme si Pierre Guénin avait été investi d’une mission. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’auteur démarre son ouvrage par une chronologie de l’homosexualité, une façon d’insérer sa vie dans l’histoire, de se rappeler à son bon souvenir et d’affirmer, sans amertume, qu’il fut un des pionniers de la visibilité homosexuelle en France.
Pierre Guénin, "La Gay révolution. 1920-2006". 19,50 euros, Cosmo éditions.
|
|