Quelles ont été les réactions à cette affaire ?
Elles ont été nombreuses, plus de cent réactions quotidiennes les premiers jours, et une cinquantaine aujourd’hui encore. Les réactions mêlent à la fois une vraie colère contre cette atteinte à la liberté d’expression et une réaction virulente à l’homophobie qui sous-tend cette révocation. Ce qui nous surprend, c’est que nous avons beaucoup de réactions que je qualifierais de "kamikazes" de bloggeurs gay, souvent dans l’Education Nationale, qui témoignent avec leurs noms, leurs prénoms et qui appellent à être visibles et à s’insurger contre ce qu’ils trouvent injuste et dégueulasse.
Qu’est-ce qui les choque le plus ?
C’est le motif même invoqué pour justifier la révocation. L’homophobie qui sous-tend une argumentation bâtie sur un amalgame entre homosexualité et pédophilie. C’est navrant de voir qu’on se réfugie derrière l’argument de la pornographie pour attaquer l’homosexualité en faisant, par sous-entendus, l’amalgame avec la pédophilie. Si on parle de pornographie dans le cadre de l’Education Nationale, qu’est-ce qui vient à l’esprit ? Les gens réagissent à ce retour à l’ordre moral, plus insidieux qu’il y a quelques années et aussi à cette idée qu’une poignée d’individus puisse avoir, sans garde-fous, un pouvoir aussi exorbitant sur la vie d’un homme.
Que s’est-il passé avec l’annonce par le ministre de l’Education Nationale qu’une "décision mieux proportionnée" serait appliquée ?
La première réaction a été que la mobilisation ne devait ni faiblir, ni s’arrêter. Par ailleurs, on constate que Gilles de Robien [ministre de l’Education Nationale] écrit "une décision mieux proportionnée à la faute commise par ce fonctionnaire". C’est le signe que le dossier a été réexaminé et que, selon le ministère, il y a bel et bien faute. Or, dans le recours gracieux déposé par le proviseur, il y a le réexamen de la sanction et la vérification de la légalité de la décision. Ce communiqué fait du coup passer ce recours comme une demande de grâce adressé au ministre, ce qu’il n’est pas et ce qui est à notre sens très insultant. Enfin, pour dramatiques que soient les conséquences actuelles pour le proviseur, il est important de dé-personnifier les enjeux de cette affaire. Il faut trouver les moyens que cela ne se reproduise pas à l’avenir. Si on assistait à une multiplication de ce type d’affaires, il y aurait sans doute une forme de banalisation, la mobilisation serait sans doute moins forte, ce qui serait dramatique sur le plan des libertés.
Pétition et infos sur : http://blog.mobilisation.gayattitude.com
Propos recueillis par Jean-François Laforgerie
Lire notre dossier "Proviseur révoqué : pour l'exemple".
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