Olivia Sturgess, auteure lesbienne à succès de romans policiers, se retrouve héroïne d’une bande dessinée de Floc’h & Rivière. Les BD grand public présentant une héroïne lesbienne sont si rares qu’il imposait de s’y arrêter. Las(se) ! L’homosexualité d’Olivia est suggérée, jamais dite. N’étaient ses pantalons et cols roulés ou la couv’ de l’album, d’Olivia en costume-cravate, cheveux à la garçonne, fume-cigarette et bague à l’auriculaire, il faut attendre plus de la moitié de l’album pour imaginer que, de sa rencontre avec une certaine Mlle Ruth Schlesinger, naîtra un amour lesbien. S’il ne s’agissait que d’attendre le cœur de l’histoire — deux femmes se désirent, font l’amour, vivent ensemble, bref ces femmes ont une relation lesbienne — pourquoi pas ?
Or Floc’h & Rivière ne montrent rien de tel : Mlles O. et S. achètent une maison ensemble, point barre. Suite à quoi, O, enfin bien dans sa peau, cesse d’écrire : le top ! J’en passe, comme la convocation, récurrente dans l’album, d’une psychanalyste caricaturale ou la présentation de Vita Sackwille-West et de ses ami-e-s, comme des " créatures de terreur ". Cerise : Olivia S. n’a jamais existé ailleurs que dans l’imagination des auteurs. La création de personnages de fiction ne saurait être une excuse pour reconduire, en 2005, ce que nous ne savons que trop déjà : à savoir que la sexualité des femmes, entre elles, on n’en parle pas, donc elle n’existe pas.
Sophie Choucas
Floc’h & Rivière, "Olivia Sturgess 1914-2004", Dargaud, 15 euros.
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