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Faut-il interdire la vidéo bareback ?

Faut-il vendre ou pas des vidéos présentant des pratiques sexuelles non protégées ? C’est, en résumé, la teneur de la polémique lancée par Act Up contre les diffuseurs de films X, dont Menstore. Pour l’association, accompagner ces DVD d’une brochure de prévention n’est qu’une stratégie hypocrite. "Illico" (qui appartient au même groupe que Menstore) relaie ce débat important, en présentant notamment la réponse de Jacky Fougeray, dirigeant du Groupe Illico, aux arguments d’Act Up.
Par Jean-François Laforgerie

Diffusée par certains distributeurs et producteurs de vidéos X, la brochure de prévention "Les génies du porno" qui accompagne la vente de films bareback (présentant des rapports sexuels non protégés) est l’objet d’une polémique entre Act Up-Paris d’un côté, Menstore (la branche de vente par correspondance du Groupe Illico) et IEM de l’autre. L’association — pourtant co-signataire de la brochure au sein d’un Collectif regroupant professionnels du X, diffuseurs, les associations Aides et Sida Info Service (SIS) et le SNEG — somme les producteurs et les diffuseurs français de vidéos bareback de choisir entre "logique commerciale et bonne conscience". Elle affirme même qu’il y a "tartufferie" chez ces diffuseurs à utiliser cette brochure "pour se dédouaner de [leurs] responsabilités" en matière de diffusion de films bareback .

Selon Act Up, cette initiative de prévention avait pour préalable l’arrêt de la production et de la diffusion de films bareback, ce que les autres membres du Collectif contestent. "Dès le début, le projet a consisté à accompagner d’un document de prévention des vidéos X comportant une absence — en partie ou en totalité — des règles de prévention et pas davantage, explique ainsi Hervé Baudoin, de SIS. Si l’intervention d’Act Up incite à une plus grande réflexion, notamment sur les risques courus par les acteurs ou l’impact sur les spectateurs, ainsi qu’à un renforcement des règles de commercialisation, c’est une bonne chose".

"Il n’y a pas de stratégie chez Act Up, tranche Jean-François Chassagne, président du SNEG. Act Up a une vision extrêmement simpliste de la prévention. Je ne comprends pas qu’une association essaie de bloquer une initiative à laquelle elle a contribué, ni la logique de critiquer des partenaires qui se mobilisent sur la prévention. Je crois même que cela pourrait les dissuader de faire davantage en matière de prévention".

"Un accès plus facile qu’avant aux films X, une prévention qui stagne ou qui échoue créent un contexte où la diffusion de films bareback conduit à une normalisation de la sexualité sans protections, estime pour sa part Jérôme Martin, président d’Act Up-Paris. Cela cautionne et renforce l’idée que le préservatif est un ennemi de la liberté et qu’il est un handicap dans les relations sexuelles. Et puis, cela rompt aussi avec l’exemplarité de la communauté gay sur la question du VIH". Faut-il pour autant interdire le bareback ? "Nous ne sommes pas pour une prohibition ou une interdiction par la loi, cela ne résoudrait en rien le problème, poursuit-il. Notre stratégie vise à faire pression sur l’offre pour avoir un effet sur la demande. C’est, du reste, la même stratégie mise en œuvre avec les backrooms et qui a conduit à une prise en compte de la prévention dans les établissements de sexe".

Du côté des distributeurs, on se refuse à faire la leçon aux consommateurs de vidéos bareback, et ce d’autant qu’il n’est guère possible de juger de l’impact réel de ce type de films sur les pratiques des spectateurs. Pour autant, la ligne, notamment soutenue par Menstore, est celle de la responsabilité vis-à-vis des consommateurs par un encadrement strict des conditions de présentation et de vente de ce type de films. Pour Act Up, ce volontarisme ne suffit pas. "Nous devons faire pression pour qu’on ne tourne plus ce type de films, ni qu’on le diffuse. C’est une position morale. Chacun doit comprendre que ce type de commerce n’est pas possible".

"Faire croire que le bareback arrêterait d’être diffusé si Menstore et IEM refusaient de vendre ce type de films, c’est n’importe quoi, explique Jean-François Chassagne. Sur le net, chacun peut télécharger ce qu’il veut, y compris des scènes bareback. Je constate que personne, y compris Act Up, ne met en cause ce moyen de diffusion. Il est vrai que c’est autrement plus difficile, et notamment parce que la question dépasse largement le seul cadre français. Je pense pourtant qu’une des priorités pour limiter le développement des pratiques bareback serait la création d’une charte pour Internet".



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